Laudato'si et l'agriculture de conservation des sols

Nom de le la personne à l'initiative de l'atelier : Diane Masure (agricultrice, label HVE, Au c?ur des sols, AB pour 25% des surfaces) www.apad.asso.fr
Description / éléments importants de l'échange (pas de réponses obligatoires) : : Témoignage : pourquoi suis-je agriculteur?
J?aime cette notion de non maitrise totale de ce que je fais, c?est un peu comme l?éducation des enfants, l?idée d?orienter un système vivant qui a sa propre autonomie, ou comme la voile, réussir à canaliser une puissance qui nous dépasse.
Il y a aussi la nécessité de faire confiance à la nature : quand on me demande si les récoltes ont été bonnes, j?ai coutume à dire : nous n?avons pas fait d?erreur, donc la récolte est bonne. La climatologie (ou l?ami Théo), si elle a un impact sur ma récolte, je n?y peux rien (n?ayant pas d?irrigation).
Nous sommes dépassés par ce qui nous entoure, jamais nous ne comprendrons la subtilité des cycles de la vie, nous l?observons mais nous ne la comprendrons pas. C?est notre plus grande résilience, faire confiance à la nature aux « lois internes »
Être agriculteur, c?est travailler avec du vivant.

Notre mission d?agriculteur : « cultiver et garder la terre » (Gn 2, 15) Nous avons vocation de produire, pour nourrir les hommes, tout en respectant la terre.
« Alors que ??cultiver?? signifie labourer, défricher ou travailler, ??garder?? signifie protéger, sauvegarder, préserver, soigner, surveiller. Cela implique une relation de réciprocité responsable entre l?être humain et la nature. » (Laudato si 67)

Comment est faite la matière ?
Produire c?est à dire faire de la matière. Cette matière qui constituent tous les « êtres vivants » sur la terre : les plantes, les animaux, les hommes. La matière vivante n?est composée que de 4 éléments principaux (C H O N = Carbone Hydrogène Oxygène et Azote) : nous ne sommes que « poussière ».
- Le Carbone vient du carbone de l?air, grâce à la photosynthèse des plantes (avec notre frère Soleil), il devient ensuite constituant des plantes,
- L?Azote vient de l?azote de l?air aussi, fixée dans le sol grâce aux bactéries du sol ou aux bactéries en symbiose avec les légumineuses, elle devient ensuite constituant des plantes. Pour que ce cycle commence, il faut un sol vivant avec ces fameuses bactéries et/ou des légumineuses cultivées.
Il n?y a pas de création de matière sur terre sans un sol vivant , c?est le SEUL moyen de fixer l?azote de l?air (avec les bactéries des océans)
- Hydrogène et Oxygène, proviennent de l?air et l?eau qui vient du sol (grâce à notre s?ur la pluie), ils deviennent ensuite constituant des plantes,
- Les minéraux viennent du sol

En conclusion, la création de matière, l?origine de la matière qui nous constitue tous et le cycle de la vie ne dépend que des plantes et de la vie du sol. Cette matière créée, se re cyclera et retournera au sol , par les processus de décomposition (qui nécessitent encore un sol vivant), le « retour à la poussière» ( Gn 3, 19).
En prime, carbone et azote dans le sol se combinent (processus physico-chimique) pour former de la matière organique, une matière éponge qui retient l?eau, les minéraux et qui stabilise les sols: « tout est lié ». C?est oublier ces mécanismes fondamentaux que de négliger le sol.
« Il nous coûte de reconnaître que le fonctionnement des écosystèmes naturels est exemplaire : les plantes synthétisent des substances qui alimentent les herbivores ; ceux-ci à leur tour alimentent les carnivores, qui fournissent d?importantes quantités de déchets organiques, lesquels donnent lieu à une nouvelle génération de végétaux. » (Laudato si 22)

Notre mission: « garder » la terre,
Pour avoir un sol vivant il faut favoriser la biodiversité, c?est à dire offrir le gite et le couvert à la vie qui veut se développer.

? Nourrir : Apporter de la matière. En agriculture, nous pouvons faire des intercultures, des associations culturales avec des légumineuses. Nous semons des plantes que nous ne récolterons pas, mais qui vont fixer l?azote et le carbone de l?air pour restituer de la matière et nourrir la vie sous et sur le sol. Mais il faut du temps, beaucoup de temps pour restaurer l?autofertilité des sols, « la lenteur naturelle de l?évolution biologique » (Laudato'si18). Apporter de la matière aussi en laissant au sol les résidus de culture comme la paille du blé.
Aujourd?hui nous compensons les besoins de nos cultures, on apporte de l?azote sous forme d?engrais (opération énergivore qui transforme l?azote de l?air) ou en mettant de la Matière Organique (qui vient du cycle de l?Azote) . Dans les 2 cas on apporte de l?azote extérieur qui fait l?impasse du sol, elle répond au besoin immédiat de la plante. L?apport d?azote extérieur est la seule solution sur un sol non vivant et un sol sans légumineuse. Notre technologie récente a sélectionné des plantes qui répondent au mieux à ces apports extérieurs mais pas forcément à leur aptitude à chercher dans le sol leurs besoins. L?apport extérieur qui a bien permis d?en finir avec les famines, mais il faut se focaliser sur l?importance d?avoir un sol vivant et d?utiliser des légumineuses. En plus, restaurer l?autofertilité des sols c?est augmenter leur taux de Matière Organique, c'est-à-dire fixer du carbone, nécessaire pour compenser le changement climatique, stabiliser les sols.

? Protéger : Eviter les cataclysmes du labour et du travail du sol qui oxyde artificiellement la matière organique, détruit la structure verticale naturelle du sol, détruit une bonne partie des habitats et des habitants du sol, laisse le sol nu.
Le bourdon, infatigable butineur, niche dans les 5 premiers centimètres du sol, comme le carabe qui mange les limaces. Le ver de terre anécique, vit 8 ans, construit ses galeries une fois pour toute et ne pond que 8 cocons par an, les exemples de vie du sol perturbées par le labour et le travail du sol sont nombreuses.
Le labour est une stratégie de désherbage : Pour produire, il faut lutter contre les herbes qui concurrencent nos « cultures » Plusieurs stratégies humaines ont été développées depuis la nuit des temps: 1. L?huile de coude « À la sueur de ton visage tu mangeras ton pain» (Gn 3,19) 2. Le brulis 3. L?inondation (rizières) 4 . Le labour 5. l?abondance de plantes compagnes (principe de la permaculture associée au désherbage manuel) 6. l? herbicide (trouver celui le moins nocif au sol). En effet, il n?y a pas de solution « miracle », il faut adapter la meilleure solution à la situation tout en respectant le sol et l?humain
Protéger en cas d?attaque : La monoculture est un déséquilibre, c?est comme un grenier qui attire les souris. C?est comme un virus dans une foule. Si une maladie apparait, un insecte découvre la manne?. Il se répand. Soit on confine, soit on soigne? un traitement sur une culture (que l?on soit en Bio ou en conventionnel) c?est une politique de gestion de population, pour éviter la crise. On doit faire confiance à la nature, encore une fois, mais il faut du temps pour que l?équilibre se mette en place et parfois il faut prévenir ou soigner pour éviter l?hécatombe.

? Copier la nature, en provoquant la biodiversité : rotations culturale, diversité de l?interculture, haies, arbres.
Décider des plantes qui vont faire notre couvert d?interculture, associer les plantes, pour moi c?est comme peindre une ?uvre, avec une multitude de couleurs à notre palette, une immense diversité de plantes, que nous pouvons associer, mélanger. On a une diversité de bienfaits spécifiques à chaque plante.
L?homme a sélectionné aussi des couleurs dans la palette, ces fameuses légumineuses considérées comme point essentiel à la fixation d?azote ont été valorisées dans toutes les civilisations. Pour les trèfles, on a dans notre palette : du trèfle violet, de perse, d?alexandrie, d?abyssinie?
Diversité aussi des organismes : « Si les organismes du sol peuvent être classés suivant leur taille, ils peuvent aussi être regroupés selon leurs rôles, et ceci à différentes échelles. . 1. Les ingénieurs physiques de l?écosystème (ex : vers de terre, termites, fourmis) renouvellent la structure du sol, créent des habitats pour les autres organismes du sol et régulent la distribution spatiale des ressources en matières organiques ainsi que le transfert de l?eau. 2. Les régulateurs (nématodes, collemboles et acariens) contrôlent la dynamique des populations des microorganismes du sol et agissent sur leur activité. La présence d?une diversité de prédateurs permet par exemple de limiter la prolifération de certains champignons ou bactéries pathogènes des cultures. 3. Les ingénieurs chimistes, principalement les microorganismes (les bactéries et les champignons microscopiques) assurent la fixation d?azote et la décomposition de la matière organique (ex : les feuilles des arbres) en éléments nutritifs facilement assimilables par les plantes comme l?azote et le phosphore. Ils sont également responsables de la dégradation des polluants organiques comme les hydrocarbures et les pesticides. » (ADEME)

? S?adapter aux situations : Enfin, certaines cultures comme des plantes racinaires, feront que l?on bouge le sol.
Nourrir les hommes, demande parfois souplesse et adaptation, des « moindre mal » pour « garder la terre ».

Tous ces principes sont une révolution pour l?agriculteur, il faut du temps pour changer les pratiques, pour apprendre à faire confiance à la nature ; il faut donner ce temps, pour acquérir les techniques, garder des outils (herbicides, pesticides, engrais), obtenir de la reconnaissance des bienfaits et des les risques de la transition, pour que le sol se mette à revivre

« Cette responsabilité vis-à-vis d?une terre qui est à Dieu implique que l?être humain, doué d?intelligence, respecte les lois de la nature et les délicats équilibres entre les êtres de ce monde, parce que «lui commanda, eux furent créés, il les posa pour toujours et à jamais sous une loi qui jamais ne passera » (Ps 148, 5b-6). » (Laudato si 68)

Pour tous, tout agriculteur, que ce soit le Biologique, le conventionnel, l?agroforesterie
On doit rester sur les mêmes grands principes : Produire et Respecter la vie du sol
Avec comme objectif, les 3 piliers :
1. Sol jamais travaillé
2. Sol toujours couvert
3. Biodiversité des plantes
Ce sont les 3 piliers définis par la FAO, pour l?Agriculture de Conservation des Sols, dont les bénéfices sont :
- Pour l?agriculteur : Produire en quantité suffisant, à un coût raisonnable pour tous, avec un revenu, de la reconnaissance, sens du métier
- Favoriser la biodiversité soit : Equilibre des pathogènes, Epuration des sols, Résilience au climat
- Augmentation de la Matière Organique soit : Lutte contre l?érosion, protection des captages, restauration de l?auto fertilité des sols, fixation de carbone « Tout est lié »

Manger local et français, vous sauvez les agriculteurs, Restaurez la vie du sol, vous sauvez la « maison commune »!
Qu'est-ce que ce thème nous évoque d'un point de vue spirituel et/ou théologique ? : « Le défi urgent de sauvegarder notre maison commune inclut la préoccupation d?unir toute la famille humaine dans la recherche d?un développement durable et intégral, car nous savons que les choses peuvent changer. » (Laudato si 13)
Luc 13, 18-21 : La graine a poussé, elle est devenue un arbre qui abrite les oiseaux (à force de persévérance, les choses avancent et le réseau d?agriculteurs convaincus par l?agriculture de conservation s?étoffe).
L?espoir . Psaume 71 :5 « Car tu es mon espérance, Seigneur Eternel ! En toi je me confie dès ma jeunesse »
Matthieu 25, 14-30 : La parabole des talents (Dieu nous invite à nous engager, à faire fructifier les dons qu?Il nous a donnés pour faire grandir son Royaume).
Matthieu 20, 1-34 : La parabole des ouvriers de la dernière heure (chaque engagement pour la Création, qu?il soit récent ou plus ancien, obtiendra le même salaire).
Matthieu 5, 13-16 : Sel de la terre et lumière du monde (il est important de donner du goût et d?éclairer ceux qui nous entourent).
Est-ce qu'il y a déjà des initiatives sur le diocèse ? : Oui
Si oui, lesquelles ? : Une table ronde en mars 2019 sur le thème « De crises en mutations ? regards sur ce qui est signe d?espérance dans le monde agricole.
Portes ouvertes sur l'agriculture de conservation des sols dans une ferme, la grange au bois à Polisy, pour les journées européennes du patrimoine, pour montrer que l'agriculture pouvait protéger le patrimoine sol et biodiversité (300 et 450 personnes)
Kermesse diocésaine élargie aux élèves de l?Enseignement Catholique le vendredi (700 élèves) avec des ateliers (découverte des plantes, de la permaculture, d?une ferme pédagogique ?) et la présentation du label Eco-Ecole. Présentation d?un village des initiatives durables au sein de la kermesse (septembre 2020).
Qu'est-ce qui nous semble manquer ? : La soirée débat sur l?agriculture a rassemblé 60 personnes. Devant la qualité des échanges et les messages passés, l?idée d?un débat public plus large avec des producteurs, des consommateurs, des élus et des responsables du monde agricole serait pertinent à mettre en place.
Y'a-t-il des propositions d'action pour mon diocèse? : Oui
Si oui, lesquelles ? : Proposition d'action 1 : poursuivre l?évolution de la kermesse diocésaine pour qu?elle soit davantage une vitrine des évolutions du monde agricole pour rapprocher les consommateurs des producteurs.
Proposition d'action 2 : proposer aux paroisses qui mettent en place le « dimanche qui prend son temps » de le faire autour de producteurs locaux à la sortie de la messe dominicale.
Proposition d?action 3 : mettre en place des tables rondes locales et les mettre en ligne pour rejoindre le plus de citoyens possible, l?autoformation étant plus développée qu?avant.
Proposition d?action 4 : présenter « Laudato Si » à la fête de la Saint Vincent.
Questions ou besoins à remonter à la CEF : Créer un espace de partage des initiatives de tous les diocèses pour nous inspirer.