Evolution vers une viticulture bio : témoignage

Nom de le la personne à l'initiative de l'atelier : Sébastien Gass
Description / éléments importants de l'échange (pas de réponses obligatoires) : : Lorsque j'ai choisi de travailler dans les vignes, je recherchais le contact avec la nature son respect et le travail en harmonie avec elle. Des années durant, j'ai pratiqué une viticulture dépendantes des intrants et non durable, employé comme responsable de vignoble pour mener ce travail. Ceci ne me convenait pas, plusieurs fois, j'ai envisagé de changer de travail mais à chaque fois, je gardais un secret espoir d?être là lorsque le changement se fera et aujourd'hui nous sommes dans cette démarche. Je vis cela comme un soulagement car je savais le mal que je faisais à la terre, à la nature et donc aux hommes, que ce soit mes collègues de travail, consommateur, à moi-même et bien plus encore.

Je faisais en quelque sorte le mal contre mon gré. J'ai résisté, fait de mon mieux pour limiter "la casse".

Lorsqu'en 2003, je suis arrivé pour travailler dans le vignoble aubois, je trouvais des vignes terres nues, tel un désert. J'avais pris l'habitude d'arpenter des vignes en Alsace cultivées en biodynamie, avec un enherbement assez important. Ce fut donc un choc. Je me rappelle encore de mon chef de l'époque qui nous faisait faire la chasse à la moindre petite herbe qui arrivait à percer dans ce désert, avec notre pompe à dos rempli de glyphosate
En 2008, il partit à la retraite, je devenais le chef vigneron dans l'Aube pour ce domaine familial marnais. Une de mes premières initiatives fut de baisser au mieux l'utilisation des herbicides. Mais les années passent et à chaque printemps arrive ce moment où je reçois la livraison de tous mes produits, c'est à chaque fois pour moi, un moment de déprime. Je fais mon travail à contre c?ur, il faut bien gagner ma vie, coincé entre le confort d'une activité salarié et l'envie de tout arrêter. A chaque moment de doute, je me dis "il faut que je sois là au moment où ça change pour pouvoir jouer mon rôle"
En 2015, un collègue de travail tombe malade, un cancer, puis un autre en 2017. Ce n'est pour moi pas un hasard. Ma responsabilité est clairement engagée, malgré moi.
Au printemps 2017, alors que je termine mon traitement herbicide en enjambeur dans une parcelle difficile arrive cet accident. Mon enjambeur se renverse dans la cote et miraculeusement je m'en sors sans une égratignure.

Les choses se bousculent, je ne pouvais plus continuer à travailler comme cela, soit on allait vers une transition, soit j?arrêtais ce métier.
Tout s'enchaine alors, d'abord un changement dans la direction, c'est le neveu qui reprend le flambeau. Directement je sens que les choses vont changer.
dès 2018, nous limitons les désherbants sous les rangs de vignes, 2019, la première parcelle sans désherbants, 2020 40% du vignoble sans désherbants chimiques et 2021 la totalité du vignoble mais aussi un projet de transition en viticulture bio à moyen terme.
Beaucoup d'essais de couverts ont été effectués là ou jadis aucune herbe ne poussait.
A l?automne 2019 sur la première parcelle sans désherbage chimique dans laquelle j'ai fait mes premiers essais de couverts , je vois derrière chaque pierre soulevée des vers de terres comme jamais je n'en avais vu, cette année, j'en trouve encore davantage, mais aussi bien d'autres choses. la vie repart dans ces sols qui étaient morts. c'est pour moi une résurrection !
Rien n'est donc irréversible, après avoir prié pour que les choses changent, aujourd'hui je prie pour garder le courage et la bonne inspiration pour continuer dans cette voie
Rien n'est gagné non plus, mais on marche enfin dans la bonne direction !


Ce témoignage, c'est pour mettre en lumière toutes les souffrances subies par des travailleurs de la terre qui entretiennent l'espoir d'un changement.

Les choses évoluent, il y a des transitions qui se font, ce n'est pas simple, mais ceci est vraiment source de grands espoirs. L?Eglise a son rôle à jouer car on ne peut s'occuper de l'homme sans un grand respect de la création dans son ensemble.
Qu'est-ce que ce thème nous évoque d'un point de vue spirituel et/ou théologique ? : S'il y a un texte d'Evangile que je citerais et qui m'a sans doute inspiré dans cette longue attente de ce changement, c'est la parabole des 10 vierges ou il est question d'attendre et de rester fidèle à ses convictions lorsqu'on sait où se situe la bonne direction. C'est bien sur une interprétation bien personnelle de ce texte !
Il y en a d'autres bien évidemment, à chaque fois que je dois prendre une petite ou grande décision, je me pose la question : "qu'aurait fait Jésus, que me conseillerait il de faire ?" la réponse est toujours assez évidente finalement.
Est-ce qu'il y a déjà des initiatives sur le diocèse ? : Oui
Si oui, lesquelles ? : Une table ronde en mars 2019 sur le thème « De crises en mutations ? regards sur ce qui est signe d?espérance dans le monde agricole.
Portes ouvertes de la grange au bois (20/09/2020)
Kermesse diocésaine élargie aux élèves de l?Enseignement Catholique le vendredi (700 élèves) avec des ateliers (découverte des plantes, de la permaculture, d?une ferme pédagogique ?) et la présentation du label Eco-Ecole. Présentation d?un village des initiatives durables au sein de la kermesse (septembre 2020).
Qu'est-ce qui nous semble manquer ? : La soirée débat sur l?agriculture a rassemblé 60 personnes. Devant la qualité des échanges et les messages passés, l?idée d?un débat public plus large avec des producteurs, des consommateurs, des élus et des responsables du monde agricole serait pertinent à mettre en place.
Y'a-t-il des propositions d'action pour mon diocèse? : Oui
Si oui, lesquelles ? : Proposition d'action 1 : poursuivre l?évolution de la kermesse diocésaine pour qu?elle soit davantage une vitrine des évolutions du monde agricole pour rapprocher les consommateurs des producteurs.
Proposition d'action 2 : proposer aux paroisses qui mettent en place le « dimanche qui prend son temps » de le faire autour de producteurs locaux à la sortie de la messe dominicale.
Proposition d?action 3 : mettre en place des tables rondes locales et les mettre en ligne pour rejoindre le plus de citoyens possible, l?autoformation étant plus développée qu?avant.
Proposition d?action 4 : présenter « Laudato Si » à la fête de la Saint Vincent.