Connaitre...

Nom de le la personne à l'initiative de l'atelier : Robert Wattebled, Dominique Chardon, Denis Ode
Description / éléments importants de l'échange (pas de réponses obligatoires) : : « Cultiver la terre et se nourrir » - réactions au thème :
Témoignage de Dominique Chardon : « Thème magnifique tant il peut inspirer de sens à des vies. Pourtant si je me permets de le traduire pour le paysan que je suis, ou le père de famille, je commencerai par réfléchir à l?idée de Nourrir les Hommes. Pour ma part, nourrir les Hommes ce n?est pas seulement cultiver la terre. C?est aussi la vocation du pêcheur qui s?en va sur son embarcation ou bien encore celle de l?éleveur qui fait paître ses animaux et qui prend soin de ses bêtes ou bien encore de l?apiculteur ou de l?artisan boulanger qui transforme le blé en pain ....le vigneron ...pour ne citer que ces métiers qui sont liés les uns aux autres comme le dit le Pape François dans Laudato si. Qui d?ailleurs sont souvent interdépendants. Liés également pour le bien commun. Liés pour nourrir les Hommes. Liés pour préserver la terre : organisme vivant.
Nourrir les hommes c?est aussi respecter la biodiversité et par voie de conséquence la culture alimentaire au risque sinon d?uniformisation et de standardisation, avec les conséquences d?artificialisation en particulier par des techniques de culture hors sol.
La Terre. La terre source de vie. La terre qui fait germer. Qui donne force à l?arbre. Qui nourrit, mais aussi la terre qui est l?habitat des hommes, des animaux et des micro-organismes. Alors que les pollutions, les excès de l?urbanisation ou des traitements chimiques la rendent plutôt stérile et moins accueillante.
Si je prends pour exemple la pratique du désherbage chimique destructeur d?une partie de la flore et de la faune qui a certes des avantages économiques mais en contre partie qui a pour conséquence de détruire le plus souvent l?habitat des animaux dits sauvages de se reproduire, ou de vivre, car leur habitat devient inexistant ou sacrifié.
Nourrir les hommes : Liés aussi pour la préservation de l?eau : besoin essentiel. L?eau dont les hommes mais aussi dont tout le vivant ont besoin. L?eau sans laquelle il n?y a pas de vie. L?eau de la mer ; du ruisseau ; l?eau qui va s?infiltrer dans la terre pour nourrir les hommes ou les plantes et animaux. L?eau dont on vérifie au fil du temps qu?elle s?appauvrit en qualité et quantité et que les activités humaines polluent souvent sans retenue ! L?eau dont tous les êtres vivants ont besoin devient un bien rare. L?eau, nourriture également des êtres humains .
Cultiver la terre mais surtout la respecter. Respecter l?environnement. Respecter ses rythmes. Les saisons. Respecter la biodiversité. Et même si les différentes mondialisations ont fait s?adapter plantes et animaux domestiques (pomme de terre, tomates, blé ....) ils se sont surtout adaptés aux différents types de terre ou de climat pour donner des spécificités, à respecter, que l?on peut considérer comme des produits de terroir. Dans nos régions méditerranéennes le blé dur, l?épeautre, l?olivier et son huile, les vins, chèvres ou moutons, pour ne citer qu?eux, sont autant de diversités à respecter. D?autant que nous pouvons vérifier qu?elle induit une culture alimentaire spécifique, qui respecte l?identité des populations. Culture alimentaire que nous devrions également respecter pour d?autres Pays ou Peuples (ex : céréales locales en Afrique capable de donner le meilleur pain) .
Nourrir c?est aussi cuisiner. C?est aussi préparer le repas. Partager la nourriture. Il faut bien reconnaître un recul du repas comme lien social comme temps de partage et d?éducation ou de convivialité. Comme moment de fête également. Alors que souvent aujourd?hui la nourriture est banalisée. Souvent méprisée. L?Eglise est interrogée par ces tendances fortes alors que l?on est interrogé sur le thème : Nourrir les Hommes .
Nourrir les hommes c?est aussi aujourd?hui une donnée commune à nos sociétés pour que l?alimentation se présente à bon marché car les contraintes de nos sociétés modernes ont fait passer l?alimentation après l?intérêt pour les autres biens et services immatériels. La conséquence est bien entendu de produire à des coûts toujours moindres tout en demandant aux agriculteurs d?utiliser des techniques de production en contradiction avec la sauvegarde de la terre, entraînant ainsi les dégâts écologiques que l?on connaît en particulier pour des raisons d?industrialisation.

Le monde n?est pourtant pas fini ! Des initiatives sont régulièrement développées pour orienter la production agricole vers la qualité. Des initiatives sont prises par exemple dans notre département. Les productions comme le fromage de chèvres des Cévennes , la châtaigne ou l?oignon doux et la pomme reinette du Vigan sont reconnues en signes de qualité et recherchés, permettant ainsi à des paysans de ces territoires souvent à handicap naturels de valoriser leur travail et les investissements . Autre initiative intéressante est celle de création en 1991 de la Coopérative Univert pour regrouper et vendre les productions des agriculteurs en agrobiologie en particulier dans le domaine légumier, arboricole et maraîcher. En se regroupant et en faisant vivre leur coopérative , les agriculteurs ont ainsi pu asseoir leur pouvoir face aux acheteurs et soutenir des jeunes dans leur installation tout en développant le projet unique en France de la reconnaissance bio-équitable. Initiatives nombreuses également du côté des vignerons de plus en plus convaincus par l?agriculture biologique alors que la vigne est souvent montrée du doigt pour les excès de traitement.
Initiatives multiples de rechercher les produits locaux, identifiés, de qualité garantis.
Je veux enfin exprimer une forme de compassion pour toute une catégorie d?agriculteurs et leurs familles tant leur détresse est réelle devant ce qu?ils constatent comme une agression et un jugement irrévocable de la société contre les pratiques agricoles qu?ils ont appris ou bien qu?on leur a imposé, au cours de ces dernières décennies. D?autres, certes ne peuvent imaginer un « retour» considéré comme un retour en arrière et n?entrevoient pas leur responsabilité écologique .
Il faut que nous soyons attentifs à la détresse d?un grand nombre d?agriculteurs et de leur famille, en étant à leur écoute et en soutenant de la façon la plus adaptée tous ceux qui sont accablés, qui sont perdus dans leurs repères et dont les conséquences sont sources de drames humains d?autant que certains modèles économiques les entraînent à des difficultés graves qu?ils ne peuvent assumer seuls. Bon nombre d?entre eux, vivent cela comme un important échec personnel au point d?être tétanisés pour trouver des réponses nouvelles. Il est vrai que « la modernisation. » de l?agriculture au cours de ces 50 dernières années a répondu à un appel de presque tous les pouvoirs. Dans l?Eglise par l?action catholique en particulier bon nombre se sont formés avec la fierté retrouvée d?être reconnue dans la société pour notre vocation à nourrir les hommes. Fierté longtemps entretenue qui a créé un mouvement extraordinaire de mutations avec bien sûr, toutes les conséquences que nous mesurons aujourd?hui. Une lecture de l?histoire ne peut faire oublier les demandes de la Société. Sans oublier les besoins économiques pour notre Pays en l?aidant également dans son enrichissement. Sans oublier les attentes des consommateurs via de nouvelles formes de distribution ou de commerce.
Certes, l?Eglise s?intéresse à ces nouvelles mutations mais nous devons trouver de nouvelles formes de réflexions pour qu?entre autre l?agriculteur soit bien celui qui nourrit les Hommes mais qu?il soit mieux formé et surtout soutenu socialement et économiquement dans ses responsabilités à l?égard du vivant. Ce que la majorité peut certainement réaliser malgré les efforts demandés pour cette nouvelle mutation. À condition que l?on sorte de la culpabilisation et des contraintes administratives qui sont destructrices de tout enthousiasme et d?esprit de changement voulue pour sortir de cette crise qui est aussi celle de l?amour face à la tout puissance de la technique.
Pour avoir fait cette mutation depuis bientôt 30 ans j?en connais les risques. J?en reconnais la fragilité. J?en ressens aussi la paix qu?accorde toute conversion certainement dans une démarche fraternelle avec les jeunes, les voisins, les amis, la famille et bien sûr de fabuleux réseaux de relations. Avec une Eglise qui s?engage. Une Église qui soutient spirituellement ceux qui souvent se sentent aussi oubliés. Qui ont besoin de retrouver du sens.
Nourrir les Hommes c?est peut être enfin remettre la prière au c?ur de la vie et du travail du paysan en se souvenant des paroles du Christ en instituant l?Eucharistie.

Quelques points qui sont sortis de notre réflexion :
? Cultiver, mais aussi élever et pêcher ? la terre mais aussi la viande et le poisson.
? La terre comme organisme vivant, constitué d?un ensemble de microorganismes formant le « vivant ».
? Respecter la terre, prendre soin de la terre, c?est aussi respecter l?eau qui la traverse et qui est nécessaire à la vie.
? Chaque partie de terre à sa spécificité, ce qui conduit à une multitude de terroirs. La mise en valeur des terroirs aide à la « non uniformisation » synonyme de beauté.
? Il n?y a pas d?opposition entre technique/science et respect de la terre. La connaissance des microorganismes, du « fonctionnement » de la biodiversité permet d?augmenter la « productivité » sans épuiser ni les plantes, ni la terre. Ces savoirs font aussi partie des connaissances transmises par nos pères. Dans cette perspective la terre est étudiée, choyée, mais pas divinisée.
? Dans notre monde , la nourriture est banalisée et méprisée. Elle est même pour beaucoup gaspillée. Elle peut être l?objet de spéculation, en particulier dans les pays les plus pauvres.
? Le temps même du repas est menacé par d?autres choses plus importantes à faire, à vivre, ce qui limite le bien social obtenu par le « manger ensemble ».
? Se nourrir à partir de nourriture « produite » dans un rayon raisonnable autour de chez soi.
? Se nourrir, c?est aussi créer des emplois, développer de l?activité pour l?homme permettant de « vivre » de son travail.
Qu'est-ce que ce thème nous évoque d'un point de vue spirituel et/ou théologique ? : ? Se nourrir, c?est à la fois rassasier la chair mais aussi l?Esprit,
? Prendre conscience de tout ce qui nous est donné (bénédicité, eucharistie?)
Est-ce qu'il y a déjà des initiatives sur le diocèse ? : Oui
Si oui, lesquelles ? : ? UNI-VERT : (un des 2 membres fondateurs ? en 1991 ? Dominique Chardon fait partie de la délégation voir son témoignage ci-dessus et Panorama Mars 2020).
? AlterEco30 : Alter'éco30 est une association créée en 2008 afin d'?uvrer sur les questions touchant l'autonomie locale et l'environnement. L'association gère Échovert, lieu collectif et écologique, qui est également son siège social. Elle y conçoit et expérimente des outils et techniques pour l'autonomie locale dans huit domaines spécifiques : l'agro-écologie, l'éco-construction, les énergies, l'eau, l'éducation, les relations humaines, la santé et l'alimentation. Alter'éco30 a pour mission de partager et diffuser les fruits de son expérience par la mise à disposition de documents sur son site (en accès libre), par l'accompagnement de projets et par la formation (contact : Bruno LORTHIOIS (diacre de diocèse) : http://www.altereco30.com)
? Coopérative Origine Cévennes : En 1987, des producteurs s?unissent pour créer l?association de promotion de l?oignon doux et une marque commune : « Doux Saint André ». En 1991, 35 producteurs décident de créer une coopérative, la SICA Oignon doux des Cévennes devenue aujourd?hui la coopérative Origine Cévennes. Ils mettent en commun leur savoir-faire et investissent ensemble dans des outils de logistique, de vente et de marketing. Aujourd?hui, la Coopérative Origine Cévennes rassemble une centaine d?adhérents et regroupe 90 % des producteurs d?oignons doux des Cévennes. C?est dans une solidarité quotidienne que réside le sens de leur action : cultiver des produits de qualité en Cévennes et faire partager les saveurs d?un terroir d?exception. Dès l?origine ils se sont mobilisés pour produire « durable » et poursuivent leurs efforts pour toujours mieux maitriser et limiter l?impact environnemental de leurs cultures.
? Monastère de Solan : Dans le village gardois de la Bastide-d?Engras, les s?urs du monastère orthodoxe de Solan vivent entre prière, nature et travail de la terre. Elles gèrent leur domaine de 60 hectares en mode biologique. Le domaine est d?un seul tenant, 40 hectares de forêt et 12 hectares répartis entre le jardin potager, les vergers et les 8 hectares de vignoble, le fleuron du monastère. Les s?urs contrôlent l?ensemble de la chaîne. Le monastère produit environ 20 000 bouteilles par an qui sont vendues en circuit court, au cellier du monastère, au marché d?Uzès et dans les foires bio (https://monastere-de-solan.com)
? Existence de réseau d?aide pour de la nourriture : banque alimentaire, ordre de Malte, secours catholique, Saint Vincent de Paul? Certaines de ses associations sont regroupés dans le réseau ANAIS (Associations Nîmoises d'Intervention et d'Action Sociale) fonctionnement d?épicerie sociale (defi Market,..), de tables ouvertes, café solidaire, de livraison de colis pour famille mais aussi d?initiative pilote intégré autour de la nourriture (de la collecte des aliments à la réalisation de la cuisine ensemble), four à pain mobile?.
Qu'est-ce qui nous semble manquer ? : ? La connaissance de ce qui se fait dans le département et dans le diocèse. Intérêt que porte l?Eglise pour ce qui se fait dans les territoires sur ces sujets d?agriculture au sens large,
? Faire connaître au sein du diocèse ce qui se fait déjà.
? Liens avec les organismes agricoles au sens large : Chambre d?agriculture, Fédérations, ?
? Liens sur ces sujets d?écologie avec les autres religions (musulmans, juifs ..)?
? Connaissance de liens avec les pauvres et les associations caritatives. En effet, les réseaux existent mais ils ne sont visibles que de ceux qui les pratiquent !
Y'a-t-il des propositions d'action pour mon diocèse? : Oui
Si oui, lesquelles ? : Si oui, lesquelles ? :

1. Rendre plus visible ce qui se fait déjà au travers de la création d?un groupe (tout neuf) d?observation des réalités écologiques qui « quadrille » l?ensemble du diocèse.
2. Partager autour du thème « repas » avec les différentes religions présentes dans le département,
3. Créer des liens avec les instances représentatives de l?agriculture dans notre département,
4. Comprendre ce qui se fait dans le diocèse pour et avec les plus pauvres (banques alimentaires, restau du c?ur, secours catholique?) pour proposer des rencontres, échanges, réflexion sur le thème de la nourriture...
Questions ou besoins à remonter à la CEF : Créer un espace de partage des initiatives de tous les diocèses pour nous inspirer?.pourquoi pas dans le groupe teams des référents.
Commentaires éventuels : Merci pour cet atelier ! Il nous a permis de nous mettre dans le sujet.