Les Cercles d'apprentissage, d'études ou de pratique


Nous vous partageons ici une présentation des cercles d'apprentissage par Bernard Alix, Président de La Maison du travail, Enseignant au CNAM et à l’Université Paris X, Chef de projet au CNFPT, publié en premier sur le site des ripostes créatives territoriales .

La plus-value des cercles d'apprentissage, d'études ou de pratique


Si Le confinement et les outils numériques utilisés dans le travail à distance ont attaqué les collectifs en augmentant les distances inter-transactionnelles et limité certaines opportunités habituelles de mobilisation de ces précieux collectifs pour apprendre, on peut constater que l’un des facteurs de motivation qui favorise l’engagement dans l’apprentissage, à savoir le facteur socio-affectif, a pour ainsi dire disparu du fait de la situation d’isolement.
Face aux interactions limitées avec autrui durant les périodes de confinement et de distanciation contraintes, deux ripostes se sont présentées comme disponibles pour remédier à cette situation critique, d’une part, refaire communauté, notamment apprenante, afin de favoriser « l’apprendre ensemble » ainsi que « l’apprentissage social » et, d’autre part, développer des espaces d’auto-formation collective accompagnée. Cette dernière démarche pédagogique s’appuie en effet, comme son nom l’indique, sur l’autonomie des apprenants, au sein d’un collectif, en étant accompagné par un facilitateur, en favorisant leur autodétermination sur les différents registres du processus d’apprentissage (objectifs et modalités) et en prenant surtout en compte leur expérience.

Fort du constat que l’on peut « Apprendre en dehors d’une formation et ne rien apprendre en formation » comme aime à le souligner P. Carré, pour mieux nous convaincre de la nécessité de sortir du paradigme transmissif de la formation formelle qui s’appuie sur l’illusion que « l’on peut agir sur autrui et le transformer », (Frankenstein pédagogue, P. Mérieux) alors qu’apprendre est toujours un acte de liberté, les cercles proposés visent à s’ouvrir au paradigme de l’apprenance en multipliant les espaces ouverts, collectifs, réflexifs, expérientiels, fondés sur l’autonomie des apprenants pour favoriser leurs apprentissages à l’intérieur et à l’extérieur de leurs espaces dédiés.
Ces cercles visent donc à répondre aux attentes des participants en proposant une opportunité de transformation à partir de leur expérience professionnelle. Ils sont donc des espaces apprenants mais aussi capacitants (Cf. Monique Castillo, Christian Batal et Solveig Oudet) dans la mesure où ils contribueront au développement du pouvoir d’agir des participants.

Les principes partagés des différents cercles proposés


Le principe d’individualisation est privilégié dans le sens où il s’agit de partir des attentes, des préoccupations et des intentions de chacun des participants, dans une logique d’accompagnement.
Le processus de développement proposé est donc en rupture avec les démarches classiques de formation. Il privilégie l’expérience vécue, sa mise en réflexivité et la création ou la confrontation à des savoirs afin favoriser des expérimentations ou une production collective / individuelle.

Retournement du modèle transmissif
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Les Cercles d’apprentissage proposés seront des groupes de personnes qui vont développer leurs connaissances dans un espace démocratique qui favorise les apprentissages collaboratifs et individuels. Les membres s’inscrivent de ce fait dans une dynamique de développement d’un esprit de communauté. Au centre de cette approche la thèse socio-constructiviste de Lev Vygotsky prévaudra : le collectif comme ressource des apprentissages.
Ces apprentissages individuels ou collectifs seront donc ici placés au centre du cercle et les apprenants auront le statut de sujets pleinement auto-déterminés concernant, notamment, les objectifs poursuivis et les modalités de développement de leur agir en compétence.

Les Cercles proposés d’apprentissage et de partage


  • Groupe de personnes qui vont développer leur connaissance
  • Dans un espace démocratique
  • Qui favorisera les apprentissages collaboratifs.
  • Les membres s’inscrivent dans une dynamique de développement d’un esprit de communauté.


Les principes partagés


  • Autoformation collective
  • Apprentissage entre pairs
  • Auto-organisation
  • Auto-détermination (par exemple sur les objectifs, les méthodes et les ressources à mobiliser)
  • Coopération et co-responsabilité dans les apprentissages (entre-aide, soutien mutuel, confiance mutuelle..)
  • Auto-directionnalité des apprentissages
  • Elaboration de savoirs individuels et collectifs
  • Auto-régulation
  • Formalisation de regards réflexifs
  • Auto-évaluation individuelle et collective comme interprétation (et non évaluation comme contrôle)


Le rôle du facilitateur sera prépondérant car il sera chargé de garantir l’observance des principes précédemment énoncés afin de favoriser l’autonomie des participants. Sa posture sera une condition de réussite essentielle du cercle proposé :

Le rôle du facilitateur


- Aide le groupe à clarifier ce sur quoi il souhaite porter son attention
- Contribue à l’expression des échanges, accompagne l’aide aux décisions du groupe
- Ne prends pas une posture d’expertise mais contribue à la mobilisation de ressources (supports pédagogiques, experts, chercheurs…)
- Chaque cercle fera l’objet d’une présentation de son intention et des modalités d’organisation qui lui seront spécifiques.



La plus-value de ces cercles est de dépasser le modèle de la formation pour favoriser celui de l’apprenance (Cf. Philippe Carré) dont la recherche d’autonomie des apprenants constitue la pierre de touche. Ils répondent ainsi au fondement de l’Education Permanente, dont on fête en cette année 2021 les cinquante ans de son institutionnalisation, portée par la politique publique de la formation professionnelle des adultes, initiée par Bertrand Schwartz. Pour rappel ce principe fondateur n’est rien de moins que l’émancipation !
« Nous sommes nés pour apprendre », soulignait Hélène Trocmé Fabre qui a forgé dans les années 80 le terme d’apprenance. Elle inscrira, du reste, ce nouveau modèle au cœur des connaissances portant sur le vivant et convoquera des chercheurs comme F. Varela, B. Cyrulnik ou encore B. Nicolescu pour assoir ses hypothèses de transformation, d’une part, de l’activité d’apprendre et, d’autre part, de l’accompagnement de l’engagement dans les apprentissages. L’autonomie sera alors la finalité essentielle de tout processus d‘apprentissage qu’elle identifie à travers sept étapes.
Philippe Carré, a repris quant à lui ce terme pour faire de l’apprenance une disposition. Il ajouta en écho avec ses recherches sur l’auto-formation cette fameuse expression : « On apprend toujours seul mais jamais sans les autres » ! Ainsi ancre-t-il définitivement que c’est toujours au sein d’une communauté que l’on apprend, la solo formation n’existe pas, même un autodidacte n’apprend qu’en mobilisant autour de lui les personnes porteuses de ressources.


  • Hélène Trocmé Fabre , Vidéogrammes « Né pour apprendre » - Canal U-TV et aux éditions Etre et connaitre 2006.
    • Présentation des Cercles d’études par Jonathan Kaplan, Maître de conférence à Lyon II, qui a fait sa thèse de doctorat sur ces dispositifs
    • Fiche de la coopérative pédagogique : Cercle_dtude_cooprative.docx (2.0MB)
    • Philippe Carré, De la formation à l’apprenance, Dunod 2020
    • Entretien de Monique Castillo , philosophe, juin 2020 Université de l’innovation publique
    • intervention de Solveig Fernagu sur les environnements capacitants, aux connecteurs de juillet.
    • Entretien de Christian Batal , Président du Groupe Interface
    • Bernard Alix, [[file:///Users/Yann/Downloads/Les_racines_philosophiques_de_lapprenance-1.pdf Les Racines philosophiques de l’apprenance]], Education Permanente, 2017
    • Bernard ALIX, Introduction à tout territoire futur qui se présentera comme capacitant, Publication recherche du CNFPT & Juris Association Daloz Revue, Janvier 2021.